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Football -Transferts : Quand l’Afrique exporte à perte

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Football -Transferts : Quand l’Afrique exporte à perte

29 July 2008 0
Quand l’Afrique exporte à perte

Au fil des années, l’Afrique s’est imposée comme l’une des plus grandes pourvoyeuses de footballeurs dans le monde. Dans ce marché en pleine expansion, elle peine pourtant à bénéficier des dividendes générées par la vente de ses meilleurs talents.
A chaque édition de la CAN senior ou même junior, les recruteurs et autres agents se bousculent dans les travées des stades pour observer les performances des joueurs africains. Objectif : trouver l’oiseau rare. Et très souvent, ces « marchands » de joueurs font de très bonnes affaires. Aujourd’hui les footballeurs africains s’exportent avec succès. On en trouve plus dans une centaine de pays. Les artistes du ballon rond africain seraient plus de 3000 à exercer leur talent hors de leur continent d’origine. Si la France, l’Angleterre ou l’Espagne concentrent le plus grand nombre de footballeurs africains, les pays du Golfe, la Thaïlande, le Japon, la Chine, l’Inde, le Vietnam ou encore la Malaisie, deviennent des destinations privilégiées. Tous les ans, on relève quelques transferts dans le monde pour plusieurs milliards d’euros. Sur ce marché particulier, les pays africains sont presque exclusivement vendeurs.
Plus de 16% des footballeurs étrangers dans le monde
En une décennie, le nombre de footballeurs étrangers dans les cinq plus grands championnats d’Europe (Espagne, Angleterre, Italie, Allemagne et France) est passé de 463 à 998.
Sur cette même période, la part des footballeurs originaires du Continent noir est passée de 10,6% à 16,3%. En 2007, avec 25 représentants chacun, le Cameroun et le Sénégal étaient les plus grands « producteurs » de footballeurs en Europe, suivis du Nigeria (21), de le Côte d’Ivoire (17), du Ghana (10) et de l’Afrique du Sud (8). Pour le mercato estival de 2007, les clubs des « cinq grands d’Europe » ont dépensé la coquette somme de deux milliards d’euros (soient 1310 milliard de F CFA) ont parachuté sur les comptes de fédérations, de joueurs, d’agents ou de dirigeants de clubs africains.
Tout le monde n’est pas Drogba
Toutefois, il existe de très fortes disparités entre les conditions des joueurs africains. La majorité officie dans l’une des 73 Ligue professionnelles européennes dont ils représentent 18% des effectifs. En descendant dans le monde amateur, ils sont plus de 2000 qui évolueraient sur les différents stades du Vieux Continent. Payés 400 euros mensuellement (soit 262 000 F CFA) leurs conditions de vie sont évidemment éloignées de celles d’un Didier Drogba dont le salaire mensuel à Chelsea s’élève à 600 000 euros (soit 393 millions de F CFA).
La saison dernière avec 69 joueurs nés en Afrique, soit 46% des étrangers qui évoluent en Ligue1, la France est de loin la principale terre d’accueil des footballeurs africains vers les élites de l’Angleterre, de l’Espagne et de l’Italie. Certains sont obligés de s’exiler dans des pays comme l’Ukraine, la Roumanie, la Grèce et la Moldavie où plus de vingt joueurs étrangers, sur les trente que compte le pays sont issus du continent noir. Ce phénomène selon les analystes, répond à une logique économique. Les meilleurs clubs d’Europe ne font pas de l’Afrique leur priorité. Ce sont plutôt les clubs de niveau moyen ou faible avec des budgets modestes qui recrutent le plus en Afrique. Leur demande est avant tout spéculative : en recrutant sur le Continent, ils espèrent secrètement faire une importante plus-value dans le cadre d’un éventuel transfert.
Un nouveau type de traite négrière
De fait, un véritable « négoce » du joueur africain s’est mis en place sur la planète football. Recrutés pour des broutilles à Dakar, Yaoundé ou Abidjan, Sénégalais, Camerounais ou Ivoiriens sont ensuite revendus pour plusieurs millions d’euros par les clubs européens qui les ont dénichés. Cette pratique s’assimile fortement avec l’exploitation des matières premières du Continent. Il y a énormément d’argent dans le football mondial, mais l’Afrique, grande pourvoyeuse de joueurs, en reçoit en reçoit très peu.
Pis, l’appât du gain a tendance à faire naître certaines dérives. Dans les grandes villes africaines comme Abidjan, les écoles de football en tout genre se multiplient. Des personnes qui ne connaissent souvent rien au football, s’improvisent formateurs et créent leur propre centre dans leurs jardins. Après avoir rassemblée une ribambelle de gamins, ils font de la surenchère.
Dérives d’un foot fou
La fuite en avant ne risque pourtant pas de s’arrêter. Lors d’un transfert, un agent de joueur prélève en effet une commission allant de 7% à 10% sur son salaire brut annuel, qui atteint en moyenne 50 000 euros (soit 32 millions de F CFA) en Ligue 1 française. Une activité pour le moins lucrative… De nombreuses familles démunies n’hésitent plus, ainsi, de confier à ces agents à la réputation sulfureuse, 2000 à 3000 euros (soit 1,310 millions à 1,9 millions d’euros), contre l’hypothétique promesse que l’enfant fera une grande carrière sur le Vieux Continent. De nombreux réseaux parallèles alimentent ainsi le marché mondial, avec la complicité d’entraineurs de sélectionneurs, de cadres de fédérations ou de responsables de clubs, en contrepartie de retrocommissions illégales. Au Sénégal, les deux grands de Dakar vendent cinq à six joueurs par an. Mais sont toujours déficitaires. Même dans la légalité, les clubs africains éprouvent le plus grand mal à survivre. Depuis 2001, les clubs formateurs africains bénéficient d’une indemnité de 30 000 euros (soit 19,65 millions de F CFA) pour chaque joueur de moins de 23 ans vendu en Europe. Une aubaine pour les écuries modestes locales, dont le budget oscille, la plupart du temps, entre 40 000 et 300 000 euros par an.
Le phénomène s’amplifie d’autant plus que les clubs européens qui encadraient le marché se retirent progressivement. Après avoir investi dans des centres de formation, ces derniers préfèrent aujourd’hui travailler avec des agents. Comme le FC Mertz avec le Sénégalais Mady Touré, Sedan avec Stéphane Courbis ou l’AJ Auxerre avec Denis Sassou Nguesso, le président de la République du Congo (Brazaville) ! En Angleterre, Manchester United possède également son agent recruteur en Afrique, Tour Vernon, qui dirige un centre de formation au nom évocateur au Ghana : « Right to dream ».
Des enfants abandonnés en plein Paris
La « sous-traitance » a en effet le vent en pourpre. Le financement d’une académie en Afrique revient à 5 millions d’euros (soit 3,4 milliards de F CFA) sur dix ans environ. Généralement, au bout de cette période, cet investissement est remboursé par les transferts. Dans un  tel contexte, la pression sur les jeunes talents s’amplifie. Il n’y a alors rien d’étonnant à ce que les footballeurs africains soient ceux qui quittent leur pays le plus tôt (à 18,6 en moyenne). Il n’est guère surprenant non plus qu’ils changent de club deux fois plus souvent. Footballeur africain le plus cher de l’histoire, Michaël Essien a d’ailleurs été transféré gratuitement à 18 ans du club Liberty d’Accra à Bastia. Acheté trois ans plus tard 11,75 millions d’euros (soit 8 milliards de F CFA) par l’Olympique Lyonnais, le milieu infatigable des Black Stars a été revendu 36 millions d’euros en 2005 à Chelsea.
Dupés par des intermédiaires peu scrupuleux, d’autres n’ont pas eu cette chance. Un millier de jeunes Africains erraient dans la clandestinité en France, après avoir vu leur rêve se briser. Si beaucoup d’efforts restent à faire pour assainir le marché des footballeurs africains, la situation de certains s’est toutefois améliorée. Désormais, leurs salaires ont été alignés sur ceux des autres étrangers. La course aux pépites noires à travers le monde prouve que les talents africains ne se comptent plus sur les doigts d’une main.
Joachim Tiégna                               

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